
Le tribunal administratif de Besançon a récemment relancé le sujet en donnant le feu vert à l’adoption par un couple de femmes.
Une grande partie des états européens comme par exemple la Belgique et l’Espagne y sont favorables et ont déjà légiféré dans ce sens, mais le gouvernement français a rappelé que cela n’était pas sa position.
Cette situation est l’occasion d’engager une réflexion de fond sur ce sujet de société.
Hervé Morin s’est déclaré favorable à titre personnel à l’adoption par les couples homosexuels, estimant que « l’amour d’un couple, c’est beaucoup mieux que les services de la DDASS ».
Qu’en pensez-vous ?
Voilà la question qui est posée par le Nouveau Centre sur son site de débat participatif Think-Centre. Pour tout vous dire, je trouve ce débat justifié, utile, constructif. C’est selon moi une question qui mérite d’être débattue de façon plus vivace que celle de l’identité nationale. Parce qu’elle engage une réponse claire, parce que c’est une vrai question à laquelle tout un chacun peut répondre par « oui » ou par « non ». Parce que ce n’est pas une question qui porte insidieusement en elle la stigmatisation d’une catégorie de population. Bien sûr la question est polémique, bien sûr, il faudra être vigilent à l’égard de certaines réactions, mais cette question doit être posée. D’ailleurs, je vais prendre par au débat en répondant à la question.
Ceux qui me connaissent ou qui m’ont lu intégralement (ouais je sais, il y a quelques heures de lecture…) savent que j’ai parfois cette fâcheuse tendance à être conservateur concernant les question ayant trait à la politique de la famille. Cette question ne fait pas exception à la règle. Cependant, il faut tout de même noter, et il s’agit d’une évolution récente, que je ne suis plus totalement opposé à la question de l’adoption par les couples homosexuels. J’y reste toutefois retissant et cela pour plusieurs raisons.
La première est, et c’est par là qu’arrive la polémique, que je me demande quels seront les effets, à terme, de l’absence d’altérité. C’est d’ailleurs sur le fondement de cette réserve que la CEDH avait une première fois refusé l’indemnité demandée par Emmanuelle B. L’absence d’altérité, c’est l’absence pour l’enfant d’un référant stable de l’autre sexe. C’est le fameux « un homme et une femme » souvent avancé par les conservateurs, notamment ceux du Parti Chrétien Démocrate. Attention ! Je ne remet pas ici en cause la capacité de deux personnes homosexuelles d’élever correctement un enfant ! La question que je me pose est de savoir comment va grandir l’enfant sans référant stable des deux sexes. Ainsi, cette question est aussi valable dans le cadre des familles monoparentales. Il s’agit assurément d’une question délicate en ce sens qu’elle est polémique (beaucoup considèrent que poser cette question c’est faire preuve du plus noir conservatisme et d’une fermeture d’esprit fondamentale) et non limitée au débat en cours (comme je viens de l’écrire, elle concerne tout autant les familles monoparentales que les familles homoparentales, mais aussi la question de l’adoption par les célibataires…). Mais il faudrait pouvoir y répondre clairement avant de pouvoir ouvrir l’adoption aux couples homosexuels.
La seconde raison est que la société, pour une large part, continue à poser sur l’homosexualité un regard lourd, pesant. Certes, ce regard change petit à petit mais beaucoup reste à faire et le chemin qui reste parcourir demeure long. Ainsi, la société ne semble pas prête à accueillir en son sein ces familles d’un nouveau type. Certains diront que ce fut la même chose lors de l’abolition de la peine de mort, que ce n’est pas parce qu’une courte majorité a tort qu’il faut baisser les bras… Mais nous ne sommes pas dans le même contexte. Il ne s’agit pas ici de maintenir en vie des personnes soupçonnées de crimes parfois atroces mais de faire grandir, évoluer des enfants (tout un symbole d’innocence) dans un environnement qui lui est sous certains aspect hostile. Dans le sillage de cette interrogation, d’aucun diront qu’on ne peut pas imposer le choix de l’orientation sexuelle d’adultes à des enfants. Clairement il s’agit là d’une réaction d’opposition type. Clairement elle est marquée par les préjugés (on ne choisit pas son orientation sexuelle et il faudrait avoir quelques tendances « maso » pour choisir d’être homo…). Alors bien sûr, je souhaite que cela change. Toujours est-il que la situation est ce qu’elle est et que les préjugés sont bel et bien présents dans notre société.
Pour finir, j’aimerais anticiper les réponses des commentateurs éventuels (qui peuvent quand même commenter, ne serait-ce que pour donner leur avis). « Il vaut mieux un couple homo qui s’aime qu’un couple hétéro qui se tape dessus ! » C’est exact, mais ce n’est pas parce que les couple homo qui s’aiment pourront adopter que les couple hétéro qui ne peuvent pas se blairer deviendront stérile. « Le pire pour un enfant, c’est de ne pas avoir de parents ! » Oui, très certainement, mais n’ayons pas non plus la bêtise de croire que l’adoption homoparentale règlerait tous les problèmes des orphelins du monde…
Après cela, il faut aussi que j’argumente pour expliquer pourquoi je ne suis que réservé et pas opposé à l’adoption par les couples homosexuels. Tout d’abord vis-à-vis des problèmes d’absence d’altérité, il semble que la question soit véritablement trop vaste et engage un nombre trop important de famille pour être résolue. Au delà de ce problème, le caractère unique de chaque enfant entrainant une réaction propre à chacun d’eux semble ne pas permettre d’apporter de réponse claire. Aussi, la CEDH, qui avait dans un premier temps refusé d’indemniser Emmanuelle B. sur ce fondement l’a finalement abandonné dans son célèbre arrêt du 22 janvier 2008.
Sur le problème du regard des gens maintenant. Il faut noter une évolution favorable des moeurs qui semble ouvrir la voix à une acceptation de ce type de configuration familiales. Preuve en est ce récapitulatif des sondages de 1998 à 2009 réalisé par l’infographie de Canal+ avec l’aide de BVA. On relève même qu’en 2009, fait historique, la majorité des français se sont prononcés favorablement. On notera toutefois la sur-représentation des réponses positives jeunes (68% des -25 contre 51 des +50), féminines (64% des femmes contre 49% des hommes) et de gauche (71% contre 37% à droite).
Et puis un argument m’a fait me sentir moins alaise dans mes bottes. Lors d’un précédent article (sur mon ancien blog), une amie m’avait fait la remarque suivante : « [...] il faut amplifier ce phénomène d’adoption pour les homosexuels pour qu’il puisse être accepté par tous de la même manière que l’adoption d’un couple hétérosexuel. Ce n’est pas en les marginalisant que les choses s’arrangeront… » Et ce n’est pas faux : plus la société sera confronté à ces situations dans les faits, plus ils seront amené à l’accepter.
Pour finir, il convient de ne pas ignorer une certaine réalité (c’est une amie de longue date, il faudrait que je la présente à mes amis socialistes
). Et que dit-elle réalité ? Que dans les faits, environs 200.000 enfants vivent des situations d’homoparentalité, soit parce qu’ils ont été adoptés par un célibataire homosexuel, soit parce que leur parent se sont découvert tardivement, soit encore pour d’autres raisons. Or, pour ces enfants, il est difficile de prétendre que les homos ne peuvent pas avoir d’enfant.
Voilà donc le fondement de mon positionnement réservé à l’égard de l’adoption par les couples homosexuels. Et vous, qu’en pensez vous ? Je vous invite vivement à participer au débat, soit sur ce blog par commentaire, soit sur think-centre. Je tiens aussi à féliciter le travail à ce sujet du club de réflexion femme au centre. Et bien voilà, c’est à vous !