La guerre des droites aura-t-elle lieu ? C’est la question qui était récemment posée dans le monde. La brochette proposée est constituée de Jean-François Copé, Dominique Paillé, François Bayrou et Dominique de Villepin. Cet article de Sophie Landrin est déjà vivement contesté sur la toile car considéré comme trop « partisan », pas assez « objectif » et même trop imprécis. Pour ce qui est de l’imprécision, je la constate aussi mais ne la condamne pas. Car si on veut passer en revue tous les scénarios possibles à droite d’ici à 2012, cela peut être long. En revanche, pour ce qui est des autres critiques, elles ne me semblent pas du tout justifiées. Motivée par un mot malheureux (et pas moins vrai) qu’est “Bayrou, que la modestie n’a jamais étouffé” façon de dire qu’il était quoi qu’il arrive candidat en 2012. Et puis, cette rage modémiste contre une journaliste cataloguée sans procès comme partisane n’a pas été exprimé lorsqu’elle donna la parole au président du Modem pour qu’il déverse à son tour un peu de sa propagande dans un journal de référence… Je voudrais donc revenir sur ces critiques.
« Bayrou n’est pas de droite, il est centriste ! »
Ah les biens pensants modémistes, tout ces « primo-adhérents » qui ne veulent pas voir la vérité en face, ils me font bien rire. Ils sont aussi réactionnaires que des militants nationalistes. Pourquoi je dis ça ? Tout simplement parce que, comme je l’ai mainte fois répété ici, je suis profondément convaincu que François Bayrou est un homme de droite, voire plus à droite que moi. Il joue un jeu électoral en allant chercher l’électorat de centre-gauche qui l’a fait décoller en janvier 2007. Il a préféré s’en aller consolider de nouvelles bases plutôt que de conserver ses bases historiques. Le calcul est simple : en 2002, il ne parvient qu’à rassembler cette base historique et réalise un score de 6,84% (soit 1 949 170 voix) ; en 2007, il décolle grâce à un nouvel électorat et réalise alors un score de 18,57 % (soit 6.820.914 voix). Si on considère qu’il a de nouveau mobilisé l’ensemble de sa base historique en 2007 et que l’on fait le soustraction, le nouvel électorat représenterait donc approximativement un peu moins de 4.500.000 voix. Autant dire qu’il y a une nouvelle donne électorale.
Alors de quoi est constitué ce nouvel électorat ? Tout simplement d’individus tout à fait différents de ceux qui constituaient sa base historique. Alors que cette dernière reposait sur une population plutôt âgée, majoritairement rurale, relativement aisée (on parle de parti de notables) et assez conservatrice tout en ayant des préoccupations sociales ; la nouvelle base, elle, est constituée de ce que l’on appel dans le jargon des « jeunes urbains CSP+ » (comprenez de jeunes citadins issus des catégories socio-professionnelles supérieures).
Ceci explique cela ! Jusque là, ce nouvel électorat « centriste » ou plutôt « démocrate » orientait plutôt son bulletin de vote vers le PS ou les écologistes. C’est en quelques sorte cette jeunesse branchée qui se revendiquait « sociale-démocrate », qui pouvait voter écolo pour faire bien et manger bio « parce que c’est mieux ». De ce fait, le virage à gauche de François Bayrou lors de la création du Mouvement Démocrate ainsi que son rapprochement avec Corinne Lepage et CAP21 avait clairement pour but de fonder un parti sur mesure pour ces jeunes gens en mal de représentation politique. Pour autant, François Bayrou a soutenu durant deux campagnes présidentielles consécutives un programme de centre-droit parfois inspiré des plus libéraux des hommes politiques français (d’abord Alain Madelin puis Alternative Libérale) et a, durant sa carrière, participé à des gouvernements de droite. De ce fait, historiquement, François Bayrou reste un homme de droite, que les jeunes urbains CSP+ le veuillent ou non. Et puis, quoi qu’il arrive, les « primo-adhérents » et leurs comparses sympathisants ne suffiront pas à Bayrou pour gagner la présidentielle. Il lui faudra donc engager un retour vers son électorat le plus ancien. Voyez ce qui se passe avec Dominique de Villepin, c’est un signe à tout ceux qui l’on quitté. Par ailleurs, je reste moi-même attentif à cela.
« Dominique de Villepin est isolé, tout comme François Bayrou »
Oui et bien, un isolé qui s’acoquine avec un autre isolé, ça fait deux un peu moins isolés… Dominique de Villepin est isolé, mais sa haine contre Nicolas Sarkozy pourrait bien lui forger un caractère de gagneur à l’image de celui de son mentor, Jacques Chirac. Et souvenez-vous, Chirac en 1995, c’est un homme tout à fait isolé à droite, avec autour de lui qu’une base de militants et des pommes.
C’est d’ailleurs tout à fait la situation actuelle de Bayrou, à quelques détails près. Car si Chirac paraissait isolé, il avait quand même quelques élus avec lui, notamment des élus locaux. Et c’est bien ces mêmes élus locaux que François Bayrou a sacrifié sur l’autel des CSP+ (allez, j’arrête un peu avec ça). Cela finira-t-il par lui coûter la victoire ?
Par ailleurs, si Dominique de Villepin parvient à revenir sur le devant de la scène et à surfer sur la vague « des déçus du Sarkozysme cherchant une issue à droite », tout en kidnappant au passage quelques militants démocrates, alors sa stratégie devient crédible. Les français savent bien nous réserver quelques surprises et aiment particulièrement cela. D’autant qu’il ne faut pas oublier qu’il y a aussi des dissidents à droite qui n’ont jamais été sarkozystes et qui pourraient apporter leur soutien à une démarche personnelle de l’ancien premier ministre. Je pense bien entendu à Nicolas Dupont-Aignant qui, avec son parti politique tout neuf, Debout à République présente ses propres listes aux européennes et pourrait servir de relais à un Dominique de Villepin en mal de structure.
« Et Juppé, il ne compte pas ? »
Là je rejoins les critiques. On ne peut pas envisager la guerre des droites sans citer Alain Juppé. Il a par ailleurs lui aussi fait paraître son essai politique « Je ne mangerai plus de cerise en hiver » déjà vendu à 54.000 exemplaires. Et comme le dit la journaliste du journal « Le Monde », ce livre l’a remis en scelle.
Alors quelle peut être sa stratégie pour 2012 ? Il n’est pas au gouvernement mais a affirmé être disponible. Aussi, s’il n’est pas rappelé au Gouvernement, il aurait peut-être toute la rancœur et la liberté nécessaire pour se poser comme un nouvel opposant à droite. Mais il faut bien avouer qu’entre Copé le turbulent insoumis et Villepin le poète pamphleteur, Juppé n’aurait plus beaucoup de place pour s’exprimer en jouant cette sur cette corde là. Et puis il y a aussi les Villiers, Dupont-Aignant et compagnie…
Il pourrait aussi être rappelé au Gouvernement et se proposer comme celui qui serait capable de faire la continuité tout en étant différent. Mais à ce jeux là, François Fillon est en embuscade. Le fidèle successeur qui prend la relève avec une image tout à fait différente, la France y a déjà eu droit avec la transition de Gaulle/Pompidou. La question reste donc posée.
« L’article est trop partisan »
Une fois encore, c’est au MoDem que ça râle. L’article ne serait pas à leur goût car il ne présenterait pas François Bayrou (FB pour les intimes, un peu comme facebook) sous son jour le plus favorable. Et puis il se permettrai de critiquer les uns et les autres (et surtout François Gourou Bayrou). Un comble pour un journal de référence, non ? Et bien moi je vais répondre que non ! Quand un article prend position contre la Chine parce qu’elle ne respecte pas les droits de l’Homme ou contre les radicaux ismlamistes, cela ne choque personne, la prise ouverte de position est normale. Lorsque les journaux prétendent que Vladimir Poutine a assassiné une journaliste sans véritable autre forme de procès, cela ne choque pas le moins du monde. Lorsque les journaux font sentir qu’ils préfèrent Obama à Mc Cain, pas un démocrate pour broncher… Mais alors s’il y a un mot de travers sur leur chef, ils montent au créno comme une Ségolène pour défendre un Zapatero.
Avez vous simplement pensé que de l’analyse politique, ça ne peut pas être neutre ? Tout simplement parce que c’est politique ! Quelle naïveté que de croire en ce pseudo objectivisme journalistique et en cette capacité merveilleuse de faire de la critique politique de façon apartisane… Franchement, si tout cela était vrai et si tout cela était respecté, mais alors qu’est-ce qu’on s’emmerderait ! Et puis question débat d’idée, on pourrait repasser hein ! On aurait plus que des expositions de situation lyophilisées, pasteurisée, prêtes à mâcher (si ce n’est pré-mâchées). Ne réfléchissez pas braves gens, on a retiré tout les stimulateurs de conscience ! Article 100% non-intellectuel, convient parfaitement au public lobotomisé.
Ce n’est absolument pas ce que j’attends de la presse française. Elle et ses lecteurs valent bien mieux que cela.
« Cet article n’est pas indépendant »
Mouhahahahahahahaha attendez, je ne peux plus écrire ! Hahaha hihi ! Excusez moi une petite minute que je me marre ! Non là elle est bonne ! Elle est de qui ? Elle est de vous ? Ah bravo, c’est bon, très bon ! Vous êtes du Jamel comédie club non ? Ah non ? Vous devriez postuler !
Quelle légende voudrait qu’il n’y ait que l’opposition pur et dur qui soit libre et indépendante ? Ces réactions qui visent à traduire cet article comme la tribune clandestine d’un sarkosysme désireux de faire vriller la carrière de Bayrou sont idiotes, que dis-je, ridicules ! Si ce n’est pas être réactionnaire que de dire ça, je ne c’est plus ce que signifie ce mot !
Alors lorsque l’on critique le gouvernement, on fait preuve de courage et d’indépendance d’esprit, mais dès lors que l’on critique un peu l’opposition, qu’on la chahute, on n’est plus que des sbires obéissants de l’Elysée qui, dans un fantasme complotique, tirerait les ficelles depuis le bureau de la communication. Non mais il n’y aurait pas comme un soucis de considération ?
Lorsque l’on critique, mes chères opposants, il faut aussi accepter d’être critiqué, sinon, c’est du despotisme. La somme des biens pensants fait que dès lors que l’on prend position pour une majorité, on devient un tyrannique oppresseur des minorités… Mais c’est aussi un droit, une liberté d’esprit que de choisir l’un ou l’autre. Et puis, n’allons même pas jusque là puisqu’elle n’a pas choisit entre les uns et les autres !