J’ai vu Jean-Christophe Lagarde !

s5000332Hier, à la salle Europe de Montigny-lès-Metz, j’ai assisté à la réunion publique que donnait Jean-Christophe LAGARDE. Toujours aussi convainquant et incisif, JCL est revenu sur la place du Nouveau Centre dans la majorité gouvernementale ainsi que sur divers sujets qu’il évoque dans “Les hypocrisies françaises” (2008 éd. Le cherche midi, coll. document). Mais il n’était pas le seul intervenant et quelques membres de la fédération de Moselle ont également prit la parole, comme Jean-Luc BOHL (maire centriste de Montigny-lès-Metz et président de la CA2M)  et Nathalie COLIN-OESTERLE (Conseillère municipale d’opposition Nouveau Centre de Metz et Présidente de la fédération Nouveau Centre de Moselle).

Jean-Luc BOHL a donc commencé par faire un historique centriste de la région rappelant les racines mosellanes de Robert SCHUMAN et la tradition centriste de sa ville. Une façon certainement de démontrer à la droite locale massivement présente qu’elle ne peut se passer de partenaires centristes. C’est en ce sens qu’il précise que la victoire n’est accessible que dans le cadre d’un rassemblement de la droite et du centre.

Monsieur BOHL est ensuite revenu sur la nécessité d’une Europe politique forte relevant les coûts des différents plans de relance. Plus de 450 milliards d’euros, soit 7 % du PIB du pays sur deux ans pour la Chine ; plus de 800 milliards de dollars, soit environ 6 points du PIB du pays pour les États-Unis alors que dans le même temps, l’Europe se contente de divers plans de relances nationaux pour un total de 250 milliards d’euros représentant 1% de notre PIB. Il est clair que l’on aurait pu aller plus loin si nous avions agit ensemble plutôt que séparément. Jean-Luc BOHL préconise notamment un recours plus appuyé aux outils européens comme la Banque centrale (BCE).

L’UMP n’a pas vocation à rassembler toute la droite et le centre (Nathalie COLIN OESTERLE, présidente de la fédération Nouveau Centre de Moselle)

Nathalie COLIN-OESTERLE, après une biographie de Jean-Christophe LAGARDE, est revenue elle aussi sur la place du Nouveau Centre dans la majorité (après tout, c’était bien le thème de la soirée…). Elle a précisé que l’UMP n’a pas vocation à rassembler, comme le souhaitait Jacques CHIRAC lors de sa création, toute la droite et le centre. La présidente de la fédération de Moselle qui prétend se reconnaitre dans la droite modérée, se situant ainsi à la droite du Nouveau Centre, affirme qu’un pôle centriste assure la victoire et qu’il est le meilleur rempart contre le basculement à gauche.

En cela, Nathalie COLIN-OESTERLE fait la preuve qu’un mouvement politique ne peut gagner seul des élections, sauf en de très rares cas. C’est une façon de réaffirmer l’attachement du Nouveau Centre à la stratégie d’alliance tout en faisant comprendre à l’UMP a elle aussi besoin de nous.

Puis, ce fut au tour de Jean-Christophe LAGARDE de prendre la parole. Affirmant que l’on ne pouvait pas toujours être d’accord avec l’UMP, il a affirmé qu’il savait pourquoi on soutenait la politique gouvernementale. Il explique sa position en affirmant que Nicolas SARKOZY est le seul à avoir revu entièrement son programme. Entre 2005 et 2007 dit-il, un travail de profondeur a été fait, ce qui a manqué aux deux outsider qu’étaient François BAYROU pour l’UDF et Ségolène ROYAL pour le PS.

Il attaque plus particulièrement le PS en estimant que celui-ci propose toujours la même chose qu’entre 1979 et 1981. Il prend pour exemple le plan de relance proposé par le PS qui correspond à la politique qui a été menée par la gauche entre 1981 et 1983 et qui avait conduit à une rude politique de rigueur et de protectionnisme déraisonné. On se souvient notamment de ces magnétoscopes bloqués à Poitiers parce qu’importés en masse, ils faisaient exploser notre déficit commercial.

Un plan de relance par la demande consisterait à tirer un chèque de plusieurs milliards d’euros sur le compte de nos enfants pour financer les travailleurs chinois.

Il assume ici con soutien au plan de relance par l’investissement du gouvernement et fustige la gauche qui souhaite un plan de relance par la demande. Il s’agirait selon lui de “tirer un chèque de plusieurs milliards d’euros sur le compte de nos enfants pour financer les travailleurs chinois.”  Ce serait une idiotie que de distribuer des “compensations” généralisées à des gens qui n’en auraient pas forcément besoin et qui ne le dépenseraient pas en France en ce sens que l’offre française n’est déjà pas capable de répondre à l’offre actuelle.

Il est donc juste et intelligent de procéder à une stimulation de l’offre qui est à la base de l’emploi. Cela est une façon de reconnaitre la justesse du propos de Nicolas SARKOZY durant la campagne présidentielle lorsqu’il disait que la richesse ne pourrait provenir que du travail et que la France ne pouvait plus se permettre de vivre au dessus de ses moyens au frais des générations futures. Car c’est bien ce que fait la France depuis 25 ans, elle vit de l’argent qu’elle emprunte sans se soucier des conséquences de ses actes. En reconnaissant cela, on se pose clairement au sein de la majorité gouvernementale.

En ce qui concerne le MoDem, il s’agit selon lui d’un parti schizophrène. En effet, il assure que François BAYROU qu’il connait depuis 1995 est un homme profondément à droite. Aussi, il assure être plus à gauche que lui (en cela, il se pose comme étant à la gauche du Nouveau Centre) et raconte comment, au lendemain du premier tour de la présidentielle de 2007, BAYROU avait basculé à sa gauche et tiré un “trait de plume” sur le centre-droit… Plus rien à voir avec ce grand rassemblement allant du centre-droit au centre-gauche que l’on nous avait promis. Le Nouveau Centre est donc le rassemblement de tout ceux qui ont refusé cette mascarade pseudo centriste.

On ne peut pas sans-cesse réclamer que l’Europe soit plus sociale si on n’accepte pas d’abord que l’Europe soit !

Jean-Christophe LAGARDE a fini, après avoir parlé des franchises médicales, par aborder le sujet de l’Europe. Il a réaffirmé l’attachement du Nouveau Centre à l’Europe. Encore une fois, il tire à boulets rouges sur l’argumentaire anti-européen de la gauche. Ainsi dit-il, on ne peut pas sans-cesse réclamer que l’Europe soit plus sociale si on n’accepte pas d’abord que l’Europe soit. L’Europe sera sociale ou non en fonction qu’elle sera politique ou non. Il relève l’exemple du fait que l’Europe, en dépensant 250 milliards d’euros, soit environ 310 milliards de dollars, ne mobilise qu’1% de son PIB, alors que dans le même temps, avec 800 milliards, les USA en mobilisent 7. Cela indique clairement que la richesse européenne, si elle était mobilisée selon une politique commune, clair et cohérente, pourrait faire beaucoup mieux que l’Europe des Gouvernement qui agit actuellement.

Ce cris pour plus d’Europe est accompagné d’une volonté de faire de l’Europe un centre politique au fonctionnement audacieux. Il faut selon JCL, revenir aux fondamentaux de la construction européenne. Il s’agit de faire les choses progressivement et de donner aux autres l’envie de participer. Ainsi, il faut cesser de vouloir tout faire à 27 et encourager les initiatives intra-européennes. Il cite des exemples qui existent et fonctionnent déjà parfaitement comme la politique spatiale, l’Espace Juridique européen, la zone €uro, l’espace Shengen… JCL a voté contre l’élargissement et l’assume. Ce fut une erreur qu’il faut aujourd’hui réparer, non pas en rejettant les pays de l’est mais en cessant de vouloir tout entreprendre à 27.

Pour finir, Jean-Christophe LAGARDE déplore le fait que l’on se dirige vers un débat pour ou contre SARKOZY lors des prochaines européennes alors que cela est à mille lieux du sujet. En effet, la politique du Président de la République française n’intéresse pas les belges ou les italiens ; en revanche, le vote des français va influer sur leur vie quotidienne comme sur celle des citoyens des 27 pays membres. Le comportement des français lors des scrutins européens apparait comme particulièrement égocentrique.

Ce que je retiendrais de cette réunion publique et que le Nouveau Centre est bien un parti centriste rassemblant des personnalités de tendances diverses allant de la droite modérée, à l’image de Nathalie COLIN-OESTERLE au centre social à l’image de Jean-Christophe LAGARDE. Il trouve sa place dans la majorité de par sa volonté de réformer et par sa complémentarité avec les droite que représente l’UMP. Le Nouveau Centre a toute sa place dans la majorité et l’UMP ne peut plus l’ignorer sous peine de lourdes défaites futures. Aussi j’ai renouvellé mon adhésion pour 2009 et je ne le regrette pas ! Bravo Jean-Christophe !

8 réponses

  1. JCL ne croit même pas à ce qu’il dit… objectivement, l’apport électoral du NC est absolument inexistant, tout comme son influence sur les décisions de la majorité !!! tout au plus la personnalité de certains députés (courson ou JCL notamment) permet d’infléchir quelques lois.

    S’agissant du travail de profondeur qui n’aurait pas été fait à l’UDF, JCL aurait il oublié les nombreuses sessions du colloque “aux racines du mal français” organisées par Pierre Albertini, qui, pour le coup, ont représenté une véritable reflexion de fond en vue de la constitution du projet de gouvernement de l’UDF ?

  2. Je crois profondément que Jean-Christophe LAGARDE crois à ce qu’il dit. Pour ce qui est de l’apport électoral du NC, je crois que vous le sous-estimez et que c’est une erreur fondamentale.

    Ensuite, en ce qui concerne l’influence du Nouveau Centre, elle n’est certes pas celle que je souhaiterai mais que dire du MoDem ? Au moins, le Nouveau Centre a des députés de qualité (ceux que vous avez cité et d’autres) qui pèsent sur le débat.

    Pour finir, lorsque Jean-Christophe Lagarde a affirmé que seul Nicolas Sarkozy avait refondu son programme, cela m’a légèrement titillé. Mais au fond, je crois qu’il a raison… Le programme de 2007 de l’UDF était proche de celui de 2002. Alors si des choses constructives ont été entreprises à l’UDF, cela n’a pas suffit. Il faut que le centre se remette à penser.

  3. Le NC n’a pas de base idéologique ni de base électorale clairement identifiées.
    Ce qui lui permet d’avoir des élus, c’est
    1. l’alliance avec l’UMP
    2. l’ancrage local fort des personnalités du parti (mais qui est antérieur à la création du NC).

    C’est la principale différence avec le MoDem, qui pour lui est clairement identifié idéologiquement, mais dont l’influence est forcément limitée par le refus des alliances assumées et une stratégie inefficace électoralement (ce que je regrette bien évidemment), et qui a perdu beaucoup en ancrage local avec le départ des cadres UDF vers d’autres cieux…

  4. Quelle bêtise que de ne pas reconnaitre que ces hommes et ces femmes qui composent le Nouveau Centre et qui étaient hier encore à l’UDF n’ont pas de base idéologique. C’est tout simplement affirmer que l’UDF et donc Bayrou n’en avait pas en 2007.

    La base électorale, elle est effectivement à reconstituer. Car, l’attachement sentimental à un parti et les tergiversions du centre de 2007 à aujourd’hui ont eu de quoi les égarer. Mais à terme, l’électorat de centre-droit ainsi qu’une partie des électorats de droite modérée et du centre sauront que le Nouveau Centre est la structure qui leur correspond. Pour cela, nous devons encore travailler à la reconstruction de notre famille politique, chose que nous faisons depuis notre création.

    Pour ce qui est de la stratégie d’alliance avec l’UMP elle est clairement assumée depuis le départ. Aussi, on ne le dit pas assez souvent, mais le Modem qui passe alliance avec le PS comme avec l’UMP sans aucun complexe (mais aussi sans aucune lisibilité) n’a fait réélire des maires que dans le cadre d’alliance avec la droite… Nous au moins, on le reconnait et on l’assume !

    Enfin, en ce qui concerne l’encrage local fort, c’est plutôt une fierté. Que dire si ce n’est que je pense que la politique locale, proche des gens, est celle qui a le plus de mérite. Cet encrage est bien entendu antérieur à la création du NC puisqu’elle date de l’UDF. Le Modem a gardé (volé) le sigle mais n’a pas su garder les élus. Il est devenu un parti national centralisé et loin de la population, tout le contraire de ce qu’était l’UDF des personnalités que vous évoquez.

  5. ce que je voulais dire c’est que le citoyen lambda ne distingue pas le NC de l’UMP donc pas de base idéologique claire pour l’opinion.

    le NC a déjà perdu son pari de ressusciter l’UDF puisque on note qu’un certain nombre des figues de l’UDF rechignent à le rejoindre, comme Bourlanges, Arthuis, Mercier …

    sur ce que vous dites du MoDem, globalement c’est bien ce que je reconnaissais dans mon post et ce que je dis sur mon blog.

  6. Effectivement, il faut reconnaitre que le NC a un problème existentiel d’image dans l’opinion publique. Cela est en très grande partie dû à la dérive de Bayrou qui a égaré notre base. Il faut aujourd’hui faire de la pédagogie pour expliquer la place de notre mouvement. Cette place, c’est celle que nous voulons lui donner, celle qui fut celle de l’UDF.

    C’est le sens de la visite de Jean-Christophe Lagarde à Montigny-lès-Metz. Ce qui en est ressortit est que l’UMP n’a pas vocation à rassembler toute la droite et le centre et que le Nouveau Centre peut, dans la diversité de sa composition allant de la droite (très) modérée au centre social être un partenaire efficace de la réforme.

    Pour reprendre la phrase de JCL qui a servit de titre à l’article du Républicain Lorrain en date du 25 février, “Le Nouveau Centre, c’est le parti de la réforme équitable.” C’est ce message qu’il faut faire passer pour rassembler celles et ceux qui sont en accord et qui se reconnaissent dans cette description.

    Après, et seulement après cela, le Nouveau Centre pourra prétendre s’être réconcilié avec sa base. Vous me dites que le Modem est clairement identifié idéologiquement… Mais alors il en est où ? A-t-il totalement coupé les ponts avec le programme qui avait été écrit au fil des ans par des personnes qui sont aujourd’hui partout sauf au MoDem ? Si tel est le cas, quel est le nouveau programme, quelle est l’équipe qui le porte ?

    Enfin, dans un très long article intitulé “Nous avons été trop vite” que j’ai publié en 4 actes, j’explique que pour recréer l’UDF, le Nouveau Centre doit peut-être penser à accepter de se fondre dans une nouvelle formation plus grande… Cela pourrait se faire dans un consensus avec d’autres petites formations, notamment Rassembler les centristes… Je vous invite à le lire, vous le trouverez dans mes archives.

  7. A mon départ du MoDem je me suis posé la question de la poursuite de mon engagement politique, et me sentant plutot de centre droit (encore que ça ne veuille pas forcément dire grand chose), j’ai pensé au NC. Mais très franchement, je ne pense pas que ce parti ait un véritable avenir en l’absence d’une réelle autonomie de positionnement par rapport à l’UMP, ce qu’Hervé Morin ne souhaite pas disposé à rechercher. Peut etre qu’un JCL, avec plus de marges de manoeuvres aurait pu y parvenir mais je n’en suis pas sur.
    Avec tous ses défauts, je continue à penser que Bayrou est le plus à même de porter les idées centristes parce qu’il est le seul à défendre des positions réellement indépendante. Je l’ai toutefois “quitté” car je le trouve trop systématiquement antisarkozyste. mais il est clair qu’aujourd’hui je trouve le positionnement et l’activité du MoDem nettement plus intéressants que le NC.

  8. Une fois encore, je vous propose de poursuivre ce débat en marge des 4 actes de l’article intitulé “nous avons été trop vite” que vous trouverez dans mes archives.

    Il expose ma vision du Nouveau Centre et ma volonté de passer à autre chose, quelque chose de plus rassembleur. Je crois que cela est possible et que si nous y mettons un peu du notre, nous pouvons aboutir à un mouvement au moins aussi intéressant que le MoDem si ce n’est plus.

    Je ne saurai nier que F.Bayrou a le charisme d’un leader et que, par là, il est le mieux à même de porter un programme centriste. Le gros problème est que plus personne n’est là pour l’aider à le mettre sur pied ce programme. Et, bien que je reconnaisse la très grande qualité de certains de ces adhérents, je crois que cela est sa plus grande faiblesse. Tant et si bien qu’à mes yeux, cela le met hors jeux.

    Aujourd’hui, nous avons un centre dont chaque composante appartient à un mouvement différent. Les députés et les “têtes pensantes” sont au Nouveau Centre, les militants sont au Modem, les sénateurs sont avec Arthuis… Il va falloir penser à se ressembler.

    Ce que je pense, c’est qu’il faut commencer par faire se rapprocher ceux qui peuvent travailler ensemble à court terme d’abord pour y inclure ceux qui, du fait d’un positionnement contextuellement différent, ne peuvent nous rejoindre qu’à moyen ou long terme ensuite.

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