Hier, j’ai regardé le journal télévisé de David Pujadas sur France 2. Aujourd’hui, je regarde Café Littérraire de Daniel Picouly sur la même chaine. Et aujourd’hui comme hier, j’ai la même sensation de gêne. Outre le fait que j’ai mangé à peu près la même chose (ce dont tout le monde se fout n’est-ce pas…), je crois que cela vient bien du fait que l’invitée de ces deux émissions est la même : Clara Rojas. Pourtant, elle n’est pas particulièrement gênante cette femme. A vrai dire, elle ne me gêne pas le moins du monde. Ce qui me gêne, c’est que j’ai la vague impression que l’on essaye de lui faire dire une seule et unique chose, comme si son livre se résumait à ça.
Ce que les interviewers semblent vouloir lui faire dire pourrait ressembler à ça : “Oui, tout ce que j’ai vécu durant ces 6 années terribles de captivité, c’est de la faute à la méchante et égocentrique Ingrid Bétancourt.” A croire que celle qui a été en odeur de sainteté durant toutes ces années, celle de qui on parlait en se disant “ça fait si longtemps qu’elle est dans la jungle”, celle que l’on a surexposée lors de sa libération, se voit aujourd’hui reléguée au rang de pestiférée. Mais que nous vaut ce retournement de situation ?
L’opinion publique s’est retournée bien avant les médias. Je l’ai vécu en directe lors de la saint Silvestre 2007. J’étais chez une amie où la simple vue d’Ingrid Bétancourt provoquait une réaction collective de rejet. “Elle est super riche, on en fait trop, ce n’est pas normal…” Une opinion qui m’a surpris parce que tout le monde la partageait. Personne ne soutenait alors plus la franco-colombienne.
Aujourd’hui, pas moins de quatre livres sont parut, de la plume de 7 ex-otages. Tous dressent un portrait nuancé d’Ingrid Bétancourt. Parfois décrite comme “hautaine, arrogante, égoïste et distante”, parfois comme “leader née, convaincante, tolérante, humble”, Ingrid Bétancourt semble ne pas avoir fait l’unanimité. quoi de plus normal après tout ? Six années de captivité ne laissent pas idemne. N’importe quelle amitié en aurait souffert. Ne dit-on pas que les situations extrêmes montrent les limites de chaque personne ? Qui, qui d’entre nous aurait été un charitable et bon samaritin ?
Bref, ce que je regrette, c’est que les médias qui ont tant soutenu le combat pour la libération d’Ingrid Bétancourt se délecte autant de tout ce qui peut aujourd’hui nuire à la réputation de l’héritière. Entre le fait d’exposer à la face du monde l’explosion de son couple et de faire tout un ramdam médiatique (un de plus concernant cette affaire) autour du livre de Clara Rojas, on se demande ce qui les arrêtera.
Je relève toutefois la volonté de la dite Clara Rojas de ne pas tomber dans ce piège et de ne pas fustiger son ex-compagnon d’infortune. Elle sait être franche, dire que cela a été difficile, que leur amitié en a souffert. Il n’y a là que de la franchise. Ne pas sombrer dans la diabolisation est une qualité. Elle l’a. Attention cependant, à s’en tenir à ses propos purs et ne pas donner trop d’importance à la mise en relief qu’en font les journalistes. Car si Clara Rojas est là dans le cadre de la promotion de son livre, les journalistes, eux, sont là pour vendre leur émission. Après tout, c’est leur métier.
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