Le projet de loi visant à la création d’une Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des Droits sur Internet a été rejeté à l’Assemblée nationale. Les socialistes ont réussit un excellent “coup” politique en reversant le rapport des forces dans la chambre basse. La majorité quant à elle, a affiché ses divisions concernant ce texte. Le Nouveau Centre porte parole du Nouveau Centre, Jean Dionis du Séjour a voté contre et explique pourquoi sur son blog. Malgré ces difficultés, le gouvernement maintient le cap. Cependant, je suis convaincu qu’il fait fausse route. D’une part, je suis en désaccord avec ce texte sur la forme (la fameuse double peine) mais aussi sur le fond. La question que l’on peut se poser, outre celle de savoir pourquoi l’industrie du disque est en crise, c’est celle de savoir pourquoi les jeunes téléchargent et n’achètent plus autant de disques qu’avant.
La double peine, un amendement pour rire
La loi création et internet prévoit donc une riposte graduée au téléchargement. Il s’agit de charger l’HADOPI d’envoyer des mails d’avertissements (environs 10.000 par jours) aux internautes surpris en train de télécharger illégallement des oeuvres ; puis des recommandés (environs 3.000 par jours) aux internautes surpris en récidive pour enfin aboutir à la suspension de l’abonnement internet pour ceux qui seraient pris pour la troisième fois.
Mais cette coupure internet ne supendrait pas l’obligation de paiement auprès du fournisseur d’accès à internet ce qui constitue, pour l’internaute, une double peine. En effet, en plus de se voir privé de sa connexion, l’internaute devra payer son abonnement, ce qui équivaut à une amende. Je ne sais pas si ce qui me gêne la dedans est l’existence d’une double peine que le Nouveau Centre a tenté -grâce à l’amendement Dionis supprimé en commission mixte paritaire- de faire disparaître ou le fait que l’amande soit à payer à un organisme privé.
Car c’est bien de ça dont il s’agit si je ne m’abuse : un erzat d’amande à payer à son fournisseur d’accès à internet en ce sens que l’abonné privé du service continu de le payer sans contre-partie aucune… Cette double peine est selon moi une honte, et tant qu’elle ne sera pas rayée du texte, je serais contre.
Une solution plus que provisoire
En France, nous avons tendance à croire que lorsqu’une industrie est en difficulté, il convient de légiférer pour lui venir en aide sans autre forme de réflexion. Jamais nous tentons d’aller à la source du problème de peur de choquer, de brusquer, de heurter les principaux concernés qui ne souhaitent pas changer leurs habitudes.
Alors pourquoi l’industrie du disque est-elle en crise ? En novembre 2007, alors que le président de la FNAC venait de remettre une série de recommandations au chef de l’Etat, je m’interrogeais déjà de façon différente. Je n’ai pas vraiment changé de point de vue. Je crois toujours que l’industrie du disque est en mutation et qu’il faut qu’elle s’adapte.
Dans les dernières décénies, l’industrie du disque n’avait pas refusé de s’adapter à une évolution de la société qui voulait aller plus vite, avoir plus de changement. Cela s’est traduit par des mouvements de starifications éphémères. Chaque mois apportait sa révéllation, son single, son album, jettant aux oubliettes la starlette révélation du mois précédent. Ce mouvement poussé à l’extrême est même parvenu à s’adapter au rythme éffréné de la téléréalité. Forcément, il y a eu des couacs… Car si l’industrie du disque a su faire des stars aussi vite que les modes passaient, elle n’a pas su faire des albums ou des singles à ce rythme. Et lorsqu’elle s’y risquait, elle faisait face à des bides, faute de qualité.
La conscéquence de cette première adaptation fut que, en règle générale, la musique arrivait sur le marché alors qu’elle était en train de passer de mode. C’est encore plus flagrant aujourd’hui. C’est ainsi que j’entends souvent dire “mais c’est vieux ça !” alors que l’album sort tout juste. C’est en quelque sorte l’arroseur arrosé.
La loi création et internet, plutôt que de mettre l’industrie du disque en face de ses paradoxes, de ses contradictions et de la forcer à s’adapter aux attentes du marché, la protège et lui voile la face. Rien n’est plus fort que le marché et le marché a évolué. Déconnecter notre industrie du disque de cette réalité du marché, c’est l’exposer à une crise considérable dans le futur.
Il faut au contraire la contraindre à se mettre résolument dans l’ère du numérique, à faire des choix stratégiques d’avenir, à savoir produire aussi vite qu’elle fabrique des stars ou cesser de vendre de la starlette à la chaine. Il faut permettre à l’auditeur de ne se procurer qu’un titre sans bouger de chez lui. Il ne faut pas lui demander de débourser plus que de raison…
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