Jean-Christophe Lagarde

Je vous propose la biografy’express d’un homme politique de terrain. Président exécutif du Nouveau Centre, le maire de Drancy est celui que, au Nouveau Centre, j’admire le plus. Il est en quelque sorte l’homme politique que je souhaite voire le plus évoluer en ce moment.
Jean-Christophe Lagarde est un homme politique français né le 24 octobre 1967 à Châtellerault dans le département de la Vienne. Il est le très charismatique maire de Drancy, ville qu’il a arraché de haute lutte à l’ancienne banlieue rouge communiste.

Après avoir ardemment soutenu François Bayrou pendant la campagne des présidentielles de 2007, il est investi par l’UDF-MoDem pour les législatives. Cependant, il préfère faire campagne sans étiquette dans sa circonscription de Drancy-Bobigny. Le 19 juin 2007, deux jours après son élection pour un deuxième mandat, il annonce son ralliement au groupe parlementaire du Nouveau Centre. Il a été désigné 5ème vice-président du Nouveau centre au sein de son organisation provisoire.

Sa carrière politique a cependant commencé bien avant cela. En 1974, il reçoit une gifle d’une monitrice du centre aéré de Drancy au motif qu’il avait eut le culot -et le réalisme ;) – d’arracher une affiche du candidat François Mitterrand. Adhérent de l’Union pour la Démocratie Française, il milite dès 1988 à la campagne de Raymond Barre, et en 1989, adhérant du Centre des Démocrates Sociaux, il est élu conseiller municipal de Drancy sur la liste d’union RPR/UDF. En 1990, il devient président des Jeunes démocrates sociaux de la Seine-Saint-Denis pour lesquels il va s’investir à fond, jusqu’à délaisser ses études d’histoire. Il rencontre François Bayrou lors d’un congrès dans les Pyrénées en 1991.

Mais sa carrière va réellement commencer en 1993 lorsqu’il se présente pour la première fois aux élections législatives dans la cinquième circonscription de Seine-Saint-Denis. Il sera battu, comme lors de sa seconde tentative en 1997 par le socialiste Jean-Claude Gayssot. Plus tard, en 1995, il est tête de liste de l’union de l’opposition aux élections municipales à Drancy, et met pour la première fois de l’histoire locale en ballottage le maire sortant Maurice Nilès, figure du Parti Communiste Français et maire de la ville depuis trente-six ans. A l’échelle de son parti, Jean-Christophe Lagarde est élu Président National des jeunes UDF en 1996 et le reste jusqu’en 2002. En 1998, il est élu conseiller régional d’Île-de-France. Lors des municipales du 11 mars 2001, Jean-Christophe Lagarde remporte dès le premier tour la mairie de la ville de Drancy avec 50,84 % des voix, une des villes de l’ancienne banlieue rouge communiste. Il est élu un an plus tard lors des législatives du 16 juin 2002 député de Drancy-Bobigny (cinquième circonscription de la Seine-Saint-Denis), par 22 voix de majorité, ravissant ainsi une circonscription ancrée à gauche depuis des décennies. Il intègre le groupe parlementaire de l’Union pour la Démocratie Française.

Lors de cette XIIème législature, en octobre 2004, Jean-Christophe Lagarde interpelle le ministre de l’intérieur Dominique de Villepin au sujet d’un disque de rap distribué par la municipalité de Bobigny et qu’il juge offensant pour les forces de l’ordre. Suite à son initiative, le préfet a porté plainte et deux agents municipaux et un rappeur sont condamnés par le tribunal de Bobigny en avril 2007 pour cette affaire. Dans le même temps, il attaque un employé municipal syndicaliste pour diffamation par un tract dénonçant la politique de l’emploi dans la Ville de Drancy. La décision de justice est en appel mais le syndicaliste est condamné en première instance. Il se fera aussi connaître pour son remarquable travail de terrain, toujours marqué par une volonté d’ordre et de justice, de respecte de tous. On le verra apparaître pour défendre des familles en difficulté, dénoncer la ghettoïsation et le manque de moyen des “quartiers sensibles”, féliciter et encourager les forces de l’ordre. Il est selon moi celui qui est le mieux placé et le plus compétent aujourd’hui quant aux questions relatives aux banlieues en difficulté. À l’automne 2005, lors des émeutes des banlieues, il n’hésite pas à monter en première ligne avec le maire d’Evry, Manuel Valls, ce qui lui donne une réputation de “Sarkozy de l’UDF dans le 9-3.” Roger Karoutchi, patron de l’UMP d’Île-de-France dira même de lui que “C’est un sectaire qui est en train de mal tourner”.

Jean-Christophe Lagarde est un homme de terrain dont l’action remarquable a toujours été marquée par une volonté d’ordre et de justice, de respect de tous. Il a toujours su mener sa barque avec justesse et impartialité.

Et c’est avec le référendum sur le traité établissant une constitution pour l’Europe que Jean Christophe Lagarde va commettre “le” faux pas. Il sera en effet l’un des rares députés UDF, (avec Jean Lassalle), qui prônera un “non” en raison du risque de l’entrée de la Turquie. Sa circonscription le suivra d’une nette majorité (73 % de “non”). Je me permet de penser que cela est regrettable dans la mesure où le risque turque reste entier avec le rejet du traité constitutionnel, tout comme la propension de l’Union Européenne à l’ultra-libéralisme.

Pour la campagne présidentielle 2007, il est devenu le porte-parole de François Bayrou, dont il dit : « Bayrou veut faire péter le système. Il a raison. Y en a marre de cette monarchie républicaine. De ces candidats qui promettent tout et ne tiennent rien. Je suis libre. Je ne dois rien à personne. Je dis ce que je pense. » Par le suite, il fait partie des nombreux hommes politiques qui ont gardé leur distance avec le Mouvement démocrate et son président.

Lors des élections législatives de 2007, Jean-Christophe Lagarde se représente sans étiquette (ses documents de campagne feront mention des deux communes de sa circonscription Bobigny et Drancy en guise de tendance politique) pour un second mandat tout en étant investi par l’UDF/Mouvement Démocrate. Il est réélu au second tour le 17 juin avec 59,87 % des voix. Deux jours après son élection, il annonce son ralliement au Nouveau Centre d’Hervé Morin.


Pour finir, les municipales ont consacré cet homme dans ses fonctions de maire, Jean-Christophe Lagarde remportant à nouveau dès le premier tour de ces élections dans la ville de Drancy avec 69,5 % des voix.


Interview parue dans “Le Nouvel Économiste” n°1463 du 12 au 18 février 2009

Centriste de combat

jean-christophe_lagarde.jpgDéputé de Seine-Saint-Denis, Jean-Christophe Lagarde est, à 41 ans, un des benjamins de l’Assemblée nationale.

Son premier vrai titre de gloire, à ses yeux, est d’avoir conquis la mairie de Drancy au Parti communiste en 2001. Après une rupture avec François Bayrou, derrière lequel il était resté une dizaine d’années,Jean-Christophe Lagarde a rejoint, avec beaucoup des anciens lieutenants de celui-ci, d’Hervé Morin à Maurice Leroy, le camp du Nouveau Centre. Centriste de gauche ou centriste de droite ? Lagarde est un centriste de combat, toujours prêt à dénoncer la discrimination à l’embauche des immigrés, l’absence de mixité sociale dans les banlieues, le manque de transparence dans l’attribution des marchés publics. Libre de ses choix et de ses idées, il a refusé de voter l’été dernier la loi Tepa, pourtant essentielle aux yeux des sarkozystes, parce qu’il contestait la notion de bouclier social. Un centriste atypique qui se désole de ne pas pouvoir faire avancer la société plus vite.

La passion politique a des raisons que la raison ne connaît pas. Ainsi en est-il de Jean-Christophe Lagarde, maire de Drancy et député de Seine-Saint-Denis, un des benjamins du Nouveau Centre – mouvement centriste rival du Modem de François Bayrou -, dont il est président exécutif.

Traits juvéniles, joues rondes, air de quelqu’un à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession, il a effectué, depuis qu’il s’est lancé dans la politique, à 27 ans, un parcours exemplaire: secrétaire général, puis président des Jeunes démocrates sociaux, conseiller municipal d’opposition, puis conseiller régional d’Ile-de-France, son premier véritable titre de gloire est d’avoir conquis la mairie de Drancy au Parti communiste en 2001. La défaite de la gauche à la présidentielle, puis aux législatives de 2002, l’amène tout naturellement à l’Assemblée nationale, où il a été réélu en 2007.

La politique, il connaît et il aime depuis qu’il est tout petit. Il est tombé dans le chaudron à l’âge de dix ans. Rien ne l’y prédisposait, pourtant. Ses parents, père informaticien, mère secrétaire, ne s’intéressaient nullement à la chose publique, n’ayant jamais, au grand jamais, participé à un meeting de quelque parti que ce soit, et se contentant de mettre leur bulletin dans l’urne, le moment des scrutins nationaux venu.

Ni Mitterrand ni Chirac

C’est avec ses professeurs que le jeune Jean-Christophe discutait de politique.

«Je me disputais déjà avec eux, dit-il, car je sentais que nous n’avions pas la même sensibilité. Cela les dérangeait, mais cela les amusait aussi, de voir un gosse défendre ses idées. Très tôt en effet, je me suis aperçu que la politique façonnait la vie des gens, qu’elle était au point de rencontre entre les aspirations collectives et les besoins individuels.»jcl2.jpg

«Lorsque Mitterrand est arrivé à l’Elysée en 1981, se souvient-il, j’avais quatorze ans, et je me souviens avoir été le seul, dans la cour de récréation, à douter du programme politique sur lequel il avait été élu!» Des années plus tard, en 1995, au moment où il se lance lui-même à fond dans la politique, l’élection de Jacques Chirac ne le ravit pas davantage. «Chirac m’a toujours paru outrancier, je déteste autant les excès de la droite que la bonne conscience que se donne la gauche, vous savez, cette façon qu’a la gauche de porter toujours son coeur en bandoulière.»

Conclusion: «J’ai senti tout de suite que je ne voulais pas me contenter d’être spectateur: je ne voulais pas donner des leçons à la terre entière sans jamais rien faire pour que les choses changent.» Tout naturellement, refusant à la fois Mitterrand et Chirac, Lagarde se retrouve dans les années 80 en Raymond Barre, «qui lui, au moins, ne dorait pas la pilule aux Français».

Le voilà donc qui, à seize ans, écrit une longue lettre à l’ancien Premier ministre. Comme il se doit, ce n’est pas Barre qui prend contact avec le jeune homme, mais sa fidèle assistante parlementaire, Sylvie Dumaine, qui l’embarque bientôt dans la campagne de Raymond Barre, candidat à l’élection présidentielle en 1988.

«Dans une campagne présidentielle, convient Lagarde aujourd’hui, Raymond Barre n’était pas vraimentaimable. Les gens cherchent à rêver, à espérer. Avec lui, ce n’était pas le cas. Au surplus, il a été trahi par François Léotard et les siens. Il était naturel qu’il perde !»

Revoici François Mitterrand à l’Elysée. Le jeune Lagarde vit cette nouvelle élection avec une grande déception. Il en conclut que décidément, il n’est ni à droite ni à gauche. «Il n’y a pas de solution parfaite, dit-il aujourd’hui, il y a toujours des avantages et des inconvénients. Il faut les évaluer, les peser,chercher à comprendre, puis, après seulement, trancher.»

Vingt ans après l’échec de Raymond Barre, Jean-Christophe Lagarde, devenu maire et député de Drancy,est resté centriste, même si, chemin faisant, il a abandonné le parti de François Bayrou, avec lequel il a rompu en 2007. Pourquoi ? Parce que, dit-il, après le premier tour de l’élection présidentielle, Bayrou n’a pas respecté le deal proposé à ses troupes. «Il n’a pas pu résister à dire qu’il ne voterait pas Sarkozy. Il est tombé du côté du centre gauche. En réalité, il n’a pas su gérer son orgueil face à son échec. Je l’ai vu tirer un trait de plume sur le centre droit, alors qu’il nous avait dit vouloir réunifier le centre droit et le centre gauche.»

Centriste, de droite et de gauche…

Oublié, donc, aujourd’hui, ce compagnonnage avec François Bayrou qui aura duré près de dix ans. Bien malin, pourtant qui pourrait dire si Lagarde est un centriste de droite ou un centriste de gauche. Un exemple: son combat pour la mixité sociale, qui passe avant tout par la construction de logements sociaux. Un combat qui l’a amené, il y a deux ans, à déposer une proposition de loi « un peu provocatrice », convient-il : Jean-Christophe Lagarde a demandé, dans l’hémicycle, que le maire d’une commune soit déclaré inéligible s’il refusait d’atteindre le quota de 20% de logements sociaux. Pourquoi ? Parce que les gens doivent vivre ensemble, dit-il, parce qu’à force de séparer riches et pauvres, Français issus de l’immigration et les autres, on en arrive aujourd’hui, sans le dire, à « ghettoïser » la France. Cette urbanisation absurde, il vient de la dénoncer, dans un récent ouvrage plus polémique qu’on ne l’attendrait précisément d’un centriste, comme une des premières « hypocrisies françaises ». Urbanisation concentrationnaire, qui aboutit à ce qu’entre Saint-Denis, Montreuil et la Courneuve, la délinquance soit la plus élevée de l’Ile-de-France. Alors que la simple application de la loi sur les logements sociaux permettrait la fluidité sociale.

Les lenteurs de l’intégration

Autre combat de Jean-Christophe Lagarde, lié au premier : l’intégration. Lorsqu’on lui demande si elle progresse, il admet, du bout des lèvres, que les deux catégories populaires (il ne dit pas communautés)s’acceptent mieux. A ses yeux, on est néanmoins loin du compte : la discrimination à l’emploi demeure, selon lui, très importante. Certains, sur place, en Seine-Saint-Denis, ou plus largement dans les départements proches de Paris, arrivent, bien sûr, à contourner cette discrimination: « Les Beurs n’entrent pas dans les entreprises, dit-il, ils les créent. Comme ils bossent plus que les autres, ils choisissent parfois les métiers les plus difficiles et ils les font bien.»

Le faux discours de la République

Mais, pour le plus grand nombre, la discrimination à l’emploi reste la règle. Lorsqu’il a interrogé ses services sur le nombre des Rmistes dans sa ville, Jean-Christophe Lagarde a trouvé, dit-il, une proportion indécente de gens d’origine étrangère: « J’ai vu des jeunes qui ont leur bac, qui ont derrière eux trois ans d’études informatiques, et qui ne trouvent toujours pas de boulot. L’effet de cette mise à l’écart qui ne dit pas son nom est grave: elle est la démonstration quotidienne que parce qu’on s’appelle Mohamed ou Ali, on ne trouve pas sa place dans la société. Je reste convaincu que la France rate ainsi une occasion formidable, car ces travailleurs-là sont plus motivés que les autres.» Sur le sujet, il raconte volontiers l’histoire de cet Indien rencontré dans un avion. Celui-ci lui a raconté qu’après n’être resté en France que six mois, en 1965, il était devenu milliardaire aux Etats-Unis. « La République, conclut-il, vend un discours qu’elle n’applique pas ! »

Bref, on le voit, ce jeune dirigeant du Nouveau Centre est tout sauf résigné. Tout, dans son attitude, trahit impatience et volonté d’agir: il parle vite, marchant de long en large de son bureau en démontrant,phrase après phrase, tout ce qui en France conduit à l’inertie: une fiscalité injuste, qui accroît les inégalités au lieu de les gommer. La reproduction des élites, « où l’on hérite plus qu’on ne mérite ». L’absence de transparence sur les marchés publics, où les dés sont le plus souvent pipés. Un paritarisme malade, « avec des organismes de gestion paritaires gérés par des irresponsables qui ne représentent rien, des partenaires sociaux qui ne tombent jamais d’accord entre eux, dans un seul but : que les politiques finissent par prendre, eux, les décisions impopulaires ! »

Alors, sarkozyste ou pas, Jean-Christophe Lagarde ? C’est selon. Dans sa volonté de rupture et de réforme, oui. Mais il a été un des seuls parlementaires du Nouveau Centre à ne pas voter la loi TEPA, l’été dernier, parce qu’il contestait la mesure concernant le bouclier fiscal. Un partenariat avec Sarkozy, oui, une soumission de nature féodale, non.jcl nc.jpg

Ainsi, dans le monde politique tel qu’il est aujourd’hui, Jean-Christophe Lagarde, jeune loup centriste au visage amène, est assez largement à part. Pas tout à fait rallié à Nicolas Sarkozy, mais pourtant dans son camp. Ayant rompu avec François Bayrou, mais gardant ses distances avec certains de ses camarades du Nouveau Centre. Indigné par les pesanteurs de la société française. Et presque sévère, finalement, avec le président de la République et toute la classe politique lorsqu’il dit, en matière de conclusion à un entretien qui a duré près de deux heures: « Le monde a changé, la structure familiale et sociétale a changé, et nous, la France, nous n’avons pas changé ».


Son livre d’entretient avec Jean-François ACHILLI “Les hypocrisies françaises”

Les hypocrisies francaises

Les hypocrisies francaises

Qu’est-ce qui empêche la France de se réformer ? Quels sont donc ces maux typiquement français, générateurs d’inégalités et d’injustice, qui semblent rendre notre pays ingouvernable ? Peut-on être une femme ou un homme politique et peser sur le cours des événements ? Peut-on s’inscrire dans l’action politique, tout en respectant ses propres convictions, sans trop de concession avec le système ?

Jean-Christophe Lagarde, député-maire de Drancy, pourfend ici ce qu’il dénonce comme étant « les hypocrisies françaises », et qui sont aussi bien celles des élus que des électeurs. Un état des lieux clinique de ces dysfonctionnements, de ces comportements parfois égoïstes, de ces us et coutumes souvent dépassés qui depuis de trop longues décennies fabriquent de l’injustice et contribuent à paralyser une partie de l’action publique.

Sur la faible représentativité de nos institutions politiques, l’illusion de la grandeur de la France, le droit de vote des immigrés, les ghettos de riches et les ghettos de pauvres, la consommation des drogues, le mariage homosexuel, l’école à deux vitesses, la facture de la santé, la relation parfois ambiguë entre pouvoir et médias… sujet après sujet, ce « jeune » élu fait entendre une autre voix, libre et décalée.

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